
Ce qui etait ecrit, etait donc ecrit. Ce qui fut dit idem. On finit toujours par etre rattrape par son destin. Voila ce qu'aurait pu declarer, a juste titre, le roi Tsongor, souverain de Massaba, dans une Afrique lointaine, ancestrale, imaginaire. Un roi bien place pour en parler : il y a longtemps, il est parti de son royaume pour tout conquerir. Vingt ans de luttes et d'expansions, jusqu'au jour ou il parvint au pays des rampants, ces etres isoles en hameaux, maigres, raides comme des piquets, qu'il aneantit comme ses precedents adversaires. Tous sauf un : Katabolonga qui s'est fait la promesse d'etre maitre de la mort du roi Tsongor. Devenu porteur du tabouret d'or sur lequel trone le souverain, il est a la fois serviteur et veilleur de Tsongor, avec cette promesse suspendue comme une epee au-dessus de la tete de son maitre. Le temps a passe. Les deux hommes ont vieilli ensemble, en presque freres inseparables. Le jour du mariage de Samilia, fille de Tsongor, avec le prince de sel pourrait etre le jour fatidique. Pour lui, pour les siens, pour son royaume…
Rien ne sert de courir, disait La Fontaine. Et derriere la fable, une morale. Avec d'autres moyens, d'autres procedes, au fil de l'imagination, Laurent Gaude touche aussi juste, dans une unite de temps, de lieu et d'action. La Mort du roi Tsongor a beau s'etendre sur des decennies, Gaude parvient a "ramasser" son recit, a maintenir une tension en peu de pages, a captiver son lecteur. A coup de phrases simples, au bout d'un sujet verbe complement, a travers une histoire qui releve de la legende. Il fallait oser. C'est fait. Et c'est reussi ! --Celine Darner



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